Portraits
Sur les 25 espèces recensées dans le Jura bernois, nous vous présentons ci-dessous le portrait de 11 espèces communes ou emblématiques
Ce que vous devez savoir
- Les chauves-souris sont des mammifères volants aux capacités extraordinaires qui se déplacent avec des ultras-sons mais ne sont pas aveugles pour autant
- Chez nous, elles se nourrissent uniquement d’insectes, des centaines par nuit !
- Contrairement à d’autres petits mammifères, elles vivent longtemps, de 5 à plus de 30 ans et se reproduisent lentement
- Elles ne se sentent pas menacées par l’homme et volent sans se soucier de nous, en évitant le contact
- Les femelles se rassemblent en colonie pour mettre au monde et élever leur unique petit. Elles ne font pas de nids et ne rongent pas les matériaux mais peuvent laisser du guano qui fait un engrais azoté
- En hiver, elles migrent ou se mettent en hibernation dans des endroits calmes et sans gel comme les grottes ou les fissures
- C’est parce qu’elle sont nos alliées dans la lutte contre la prolifération des insectes et qu’elles se reproduisent lentement avec un jeune par année qu’elles sont protégées
Sérotine commune
Qui est la Sérotine commune (Cnephaeus serotinus)?
Cette grande chauve-souris aimant les climats chauds est plutôt présente en plaine dans les paysages agricoles traditionnels. La Sérotine commune chasse principalement le long des haies et des lisières, souvent à proximité de pâturages ou prairies extensives. Elle peut cependant également chasser dans des trouées forestières ou dans les vergers et sous des lampadaires à proximité de parcs urbains. Elle se nourrit d’insectes de grande taille tels que les hannetons.
Ses gîtes se situent uniquement en bâtiments, avec une préférence pour l’entretoit, voire les combles qu’elle peut aussi coloniser. Elle fréquente cependant aussi les cheminées.
Actuellement, cinq colonies de mise-bas sont connues dans le Jura bernois. La plus grande se situe dans le bâtiment administratif de Péry où plus d’une septantaine d’individus peuvent être observés au crépuscule des beaux jours en sortie de toiture. Le noyau de la population était jusqu’à présent connu sur le Plateau de Diesse, mais les colonies connues se sont déplacées, souvent suite à des rénovations, et fortement réduites sans en connaître réellement la cause
Sérotine boréale
Qui est la Sérotine boréale (Cnephaeus nilssonii) ?
Espèce nordique, la Sérotine boréale se trouve confinée aux reliefs jurassiens et alpins en Europe centrale. En Suisse, elle est emblématique des vallées jurassiennes froides. Elle chasse plutôt en milieu ouvert ou semi-ouvert, le long des lisières ou en pâturage boisé, mais aussi régulièrement dans les villages, sous les lampadaires.
Ses gîtes se situent uniquement en bâtiments, avec une préférence pour l’entretoit. Elle utilise néanmoins aussi les cheminées à boisseaux ou l’espace derrière les lambris de façade.
Espèce fréquente jusque dans les années 1990 et comptant notamment la plus grande colonie d’Europe (300 individus), ses populations se sont effondrées d’au moins 70% et ne compte plus que 6 colonies de maximum 60 individus, principalement dans le vallon de Saint-Imier. Le réchauffement climatique pourrait être une des causes principales.
Sérotine bicolore
Qui est la Sérotine bicolore (Vespertilio murinus) ?
La Sérotine bicolore est une espèce d’Asie centrale qui atteint dans le massif jurassien la limite occidentale de son aire de distribution. En Suisse, elle est fortement liée aux zones lacustres peu profondes. Sur le lac de Neuchâtel, on la retrouve ainsi chassant au-dessus des secteurs riches en roseaux du Fanel. Des mâles provenant des montagnes font jusqu’à quinze kilomètres pour se nourrir dans ces milieux riches en insectes.
Les gîtes se situent uniquement en bâtiments, avec une préférence pour l’entretoit de maisons basses. L’espèce peut cependant utiliser aussi les cheminées ou l’espace derrière les lambris de façade.
Deux importantes colonies de mâles ont été recensées à Probsteberg et aux Savagnières, cette dernière ayant compté jusqu’à près de 400 individus dans le toit d’un chalet. Ces populations sont néanmoins très mobiles et changement régulièrement de gîte rendant leur suivi difficile. Aucune colonie de mise-bas n’est actuellement connue dans le Jura bernois. Le secteur du bord du lac de Bienne, dont le village de La Neuveville, serait le plus propice à une telle découverte…
Pipistrelle commune
Qui est la Pipistrelle commune (Pipistrellus pipistrellus) ?
La Pipistrelle commune est une espèce omniprésente sur l’ensemble de la région. Etant une espèce très opportuniste, elle chasse de petits insectes autant sous les lampadaires au centre des villages que dans le milieu forestier, lacustre ou en montagne.
Ses gîtes se situent principalement dans des bâtiments, avec une préférence pour l’entretoit, juste sous les tuiles. On la retrouve cependant aussi fréquemment dans les caissons de stores ou derrière des volets.
Plus d’une quarantaine de colonies de mise-bas est recensée dans le Jura bernois, avec certainement un minimum de deux par village. Certaines colonies comptabilisent un peu plus d’une centaine de femelles. Celles-ci utilisent un réseau de gîte, changeant d’endroit durant la belle saison au gré des conditions météorologiques.
Oreillard gris
Qui est l'Oreillard gris (Plecotus austriacus) ?
L’oreillard gris est une espèce méridionale que l’on rencontre dans les paysages agricoles traditionnels de basse altitude, notamment au pied du Jura. Il chasse presque exclusivement des papillons nocturnes dans les milieux bocagers chauds, les vergers haute-tige et les prairies séchardes, pâturées ou non.
Ses gîtes sont exclusivement situés dans les combles d’habitations.
La présence d’un gîte dans la Tour Carrée de La Neuveville est le seul indice de l’espèce dans le Jura bernois pour cette espèce extrêmement rare et discrète.
Oreillard brun
Qui est l'Oreillard brun (Plecotus auritus) ?
L’Oreillard brun, appelé aussi Oreillard roux ou commun, est une espèce forestière par excellence. Ses oreilles démesurées lui permettent de percevoir le battement des ailes de ses proies. Son vol très agile lui permet de virevolter facilement entre les branches pour capturer papillons et mouches dont il se délecte. Les plus grosses proies sont parfois décortiquées dans un reposoir, par exemple sous un porche.
Ses gîtes se situent pourtant principalement dans les combles des bâtiments où les femelles trouvent assez d’espace et de chaleur pour élever leur jeune. Il faut également assurer un couloir de vol structuré et obscur pour relier ses gîtes et terrains de chasse.
Le Jura bernois avec ses dix-huit colonies de mise-bas, comptant entre 10 et 50 femelles adultes chacune, constitue un « hot spot » pour le canton. Une bonne partie est située dans des bâtiments religieux, avec malheureusement quelques sites désertés comme l’Eglise de Saint-Imier, sans doute en raison de l’éclairage du quartier au centre-ville.
Grand rhinolophe
Qui est le Grand rhinolophe (Rhinolophus ferrumequinum) ?
Reconnaissable à son nez en forme de fer à cheval, le Grand rhinolophe est une espèce très exigeante et sensible qui a besoin de milieux richement structurés pour trouver sa nourriture et se déplacer. On le rencontre principalement dans les vergers, les bocages et les ripisylves où il chasse à l’affût, suspendu à une branche basse.
Ayant besoin d’une grande tranquillité et d’une température élevée, il gîte dans les vastes combles d’anciennes fermes, les granges ou les hangars inoccupés.
Aucun gîte n’est connu dans le Jura bernois. Cette espèce très rare n’est observée qu’en période d’hibernation dans quatre grottes dans le Cornet (vallée du Grand Val), à l’exception d’une observation acoustique en juin 2016 à Court, signe d’un potentiel gîte estival encore à découvrir…
Petit rhinolophe
Qui est le Petit rhinolophe (Rhinolophus hipposideros) ?
Le Petit Rhinolophe, version miniature de son grand cousin, est une espèce forestière qui a été décimée par le DDT (insecticide) utilisé pour le traitement des charpentes au milieu du siècle passé.
Actuellement, il n’occupe principalement en Suisse plus que quelques vallées alpines reculées. Peu rapide, il rejoint ses terrains de chasse forestiers en suivant des repères paysagers particuliers comme les haies ou les lisières. Son vol agile lui permet de déloger les diptères qui se cachent dans les fourrés denses.
L’espèce gîte exclusivement en milieu bâti. Si une certaine tranquillité et une température suffisante peuvent être assurées, les combles, hangars ou granges sont utilisés.
Dans le Jura bernois, un seul gîte vient d’être découvert à Crémines. Les autres observations ont été réalisées dans les grottes, presque exclusivement en période d’hibernation, où l’espèce est à nouveau observée depuis 2011 et recolonise petit à petit notre territoire.
Grand murin
Qui est le Grand murin (Myotis myotis) ?
Parmi les plus grandes de Suisse, cette chauve-souris a la particularité de chasser les insectes se déplaçant au sol (carabes). Elle trouve ses proies favorites principalement en forêt où elle exploite les allées et les sols nus.
Ses gîtes se situent exclusivement en bâtiment où elle recherche le grand volume inutilisé des combles. Ceux-ci étant malheureusement devenus très rares, elle colonise également les entretoits et les cheminées, moins favorables pour l’élevage des jeunes.
Dans le Jura bernois, deux colonies de mise-bas sont connues et suivies. La plus grande se situe à Court et comptabilise une cinquantaine de femelles, ce qui reste un petit effectif pour cette espèce bien présente sur le plateau bernois. Une troisième colonie était connue à La Neuveville, mais a disparu à la suite d’une rénovation de son gîte dans des combles.
Murin à moustaches
Qui est le Murin à moustaches (Myotis mystacinus) ?
Petite chauve-souris peu exigeante, le murin à moustaches est bien présent sur l’ensemble du canton. Il fréquente divers paysages semi-ouverts à forestiers, que ce soit en plaine ou à la montagne, souvent à proximité d’un plan d’eau.
Les gîtes se situent principalement dans les interstices des bâtiments, préférentiellement sous les tuiles ou les lambris de façade. Des individus isolés aiment aussi se cacher derrière des volets.
Malgré sa large présence dans le Jura bernois, une seule colonie de mise-bas est connue à Sornetan. La cinquantaine de femelles gîte dans un ancien grenier en madriers.
Murin de Daubenton
Qui est le Murin de Daubenton (Myotis daubentonii) ?
Le très aquatique murin de Daubenton chasse au ras de l’eau les insectes posés ou tombés à la surface. Tandis que les grands étangs et les lacs offrent la manne abondante et régulière indispensable à l’élevage des jeunes, le débit capricieux des rivières ne convient qu’aux mâles, moins exigeants.
La palette des gîtes de cette espèce est très large. On peut la trouver autant dans les arbres creux que les ouvrages bâtis tels que ponts, tunnels, voire canaux d’égout où elle profite des interstices pour se dissimuler.
Au bord du lac de Bienne, de nombreuses colonies de mise-bas sont suspectées, sans pour autant avoir été découvertes. Actuellement, seul un gîte de mâles est connu sous un pont de la route cantonale entre Villeret et Cormoret.